La mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé

Le Roi Tsongor a mis vingt ans à conquérir son royaume, avant de s’installer à Massaba et d’y fonder une ville, une capitale qu’il a imaginée et dont il connaît tous les recoins. Ses sujets vivent en paix et ont fini par oublier le conquérant sanguinaire qu’il était.

Arrive le jour où le Roi s’apprête à marier sa fille, Samilia, à Kouame, le roi des terres du sel. Mais le jour des fiançailles, un second prétendant se présente : Sango Kerim, ami d’enfance des enfants du Roi, parti quelques années plus tôt ; Il vient rappeler la promesse que Samilia lui a faite avant son départ, de l’épouser à son retour. Ne sachant à qui donner son consentement, Tsongor décide de se donner la mort, à l’aide du plus fidèle de ses serviteurs, Katabolonga, espérant que cet acte apaisera les esprits et que chacun repartira de son côté. Mais rien n’y fait, la famille se divise, et la guerre éclate, sanglante et destructrice. Et pendant que les deux clans s’affrontent, Souba, le plus jeune fils du Roi Tsongor, parcourt le royaume, pour y édifier sept tombeaux, et choisir celui où son père sera enseveli.

Dans ce roman, les personnages sont beaux, malgré leur décadence, ils sont nobles et braves, malgré leur haine toujours inassouvie et leurs défaites successives. Les combattants sont d’une cruauté sans nom, malgré leur peur. J’aime beaucoup l’écriture de Laurent Gaudé, qui rappelle par certains côtés les récits épiques de la guerre de Troie, ou d’autres épopées antiques.

« Je suis Katabolonga […]. Je suis venu pour te voir. Et pour te dire, devant tous les tiens réunis, ce qui doit être dit. Tu as rasé ma maison. Et tué mes femmes. Tu as piétiné mes terres sous les sabots de ton cheval. Tes hommes ont respiré mon air et ont fait des miens des bêtes en fuite qui disputent leur nourriture aux singes. Tu es venu de loin. Pour brûler ce que j’avais. Je suis Katabolonga et personne ne brûle ce que je possède sans perdre la vie. Je suis là. Devant toi. Je suis là. Au milieu de tous tes hommes réunis. Je veux te dire cela. Je suis Katabolonga et je te tuerai. Car par ma hutte piétinée, par les femmes tuées, par mon pays brûlé, ta mort m’appartient. »

Dans le campement, il n’y avait plus un bruit. Pas un cliquetis d’armes. Pas une voix de soldat pour murmurer quoi que ce soit. Tous attendaient de voir ce que le roi déciderait. Tous étaient prêts, sur un simple signe de tête du souverain, à se jeter sur le sauvage et à le tuer. Mais Tsongor ne bougeait pas. Tout remontait en son esprit. Vingt années de dégoût de lui-même qui s’étaient accumulées. Vingt années de guerres et de massacres qui le hantaient. Il regardait l’homme qui était devant lui. Avec attention. Avec respect et douceur presque.

La mort du roi Tsongor – Laurent Gaudé – Actes Sud – Babel – p. 20

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