Les sœurs savantes : Marie Curie et Bronia Dluska deux destins qui ont fait l’histoire – Natacha Henry

Afficher l'image d'origineOn connait Marie Curie pour ses découvertes scientifiques, ses deux prix Nobels dont un obtenu avec son mari Pierre, la mort accidentelle et tragique de ce dernier, mais aussi leurs deux fille, Irène et Eve qui elles même se rendront célèbres par ses découvertes scientifiques pour l’aînée et ses talents de musicienne de la seconde. On connait moins la sœur de Marie Curie : Bronia Dluska,  une des premières femmes médecin du XIXème siècle, qui, elle aussi a étudié en France. Pourtant, on découvre à travers cette double biographie que leurs destins sont intimement liés. En effet, sans Marie, Bronia ne serait jamais venue étudier en France et sans Bronia, Marie serait restée en Pologne à se morfondre de la perte de son premier amour. Ces deux femmes, intelligentes, modernes, combatives, dévouées chacune à leur cause (la recherche pour Marie, la santé pour Bronia), ont toujours évoluées en parallèle et les distances qui les séparaient n’ont jamais contribué à les éloigner. Nées  Bronia et Maria Slodowska, filles de Wladyslaw Slodowski,  professeur de sciences physiques dans un collège, elles sont élevées dans un esprit de rébellion, contre la Russie qui occupe alors leur pays. D’ailleurs, elles resteront des femmes très engagées et les luttes sociales et politiques feront partie intégrante de leurs vies.

Ce beau portrait nous plonge également dans la France et la Pologne de l’époque (des années 1860 aux années 1940), expliquant en détail leurs situations politiques et sociales, les avancées en matière de santé et de recherches scientifiques. On y côtoie aussi le monde scientifique et intellectuel foisonnants de cette période.  Un livre absolument passionnant qui se lit comme un roman.

Wladyslaw enterre son aînée dans le caveau familial du cimetière Powaski, entouré de Joseph, Hela et Maria, vêtue d’un manteau noir. […]

Anéantie, Mme Slodowska rassemble son peu d’énergie pour effectuer une nouvelle cure à Ober Salzbrunn, une station thermale de Basse-Silésie. Entre leur père qui se démène pour gagner sa vie, et leur mère qui s’éteint lentement, les quatre enfants, Josef, Bronia, Hela et Maria, n’ont guère le choix que de filer droit à la maison et à l’école. Les cures échouent. Le soir du 8 mai 1878, le médecin laisse sa place au prêtre. Wladyslaw et ses enfants se tiennent au chevet de Bronislawa. Elle soulève la main,  trace faiblement une croix dans le vide et murmure, presque inaudible : « Je vous aime. » Bronia a treize ans et Maria, dix et demi.

C’est peut-être ce jour-là que naît la vocation de Bronia. Peut-être, dans cette allée étroite du cimetière Powaski, s’est-elle juré, à l’orée de l’adolescence, de devenir médecin.  Epargner d’autres familles. Venger la sienne, sa sœur, sa mère. Trouver des remèdes. Imiter son grand frère Josef qui, à quinze ans, raconte partout qu’il sera docteur. Au lycée elle est la première de la classe. Maria aussi. Elles maîtrisent le polonais, le français, l’allemand, le russe et l’anglais. Bronia, en 1882, et Maria, en 1883, reçoivent leur certificat de fin d’études, l’équivalent du baccalauréat, avec une médaille d’or, comme leur frère.

Mais la petite dernière, Maria, n’a pas supporté la mort de leur mère. Fatigue et mélancolie l’habitent entièrement. Seul le chien, Lancet, semble l’égayer un peu. Il faut qu’elle se change les idées. Direction la campagne, chez les cousins Boguski. L’oncle est violoniste, le cousin Josef, chimiste. Maria ne pouvait pas mieux tomber. Non seulement elle reconstitue ses forces, elle va aussi prendre du bon temps.

Les sœurs savantes : Marie Curie et Bronia Dluska deux destins qui ont fait l’histoire – Natacha Henry – La librairie Vuibert – p. 19-20

En juillet 1893, Marie a été reçue première à la licence de sciences physiques. Les Dluski ont constamment veillé sur elle, quelle chance ! Lorsqu’elle tombe d’inanition, Casimir est furieux. N’a-t-il pas promis à son beau-père de veiller sur la petite ? Elle avoue qu’elle ne mange que des radis. Casimir ne lui demande pas son avis : d’autorité il la transporte du Quartier latin au grand appartement, rue d’Allemagne. Elle retrouve son ancienne chambre et se repose au son des gazouillis d’Helena, sa toute petite nièce. Interdiction de sortir pendant une semaine. Grâce à ses liens avec les louchébems des abattoirs, Casimir lui déniche la meilleure viande de bœuf. Elle reprend des forces et, dira sa fille Eve, aura bénéficié chez les Dluski « d’une cure de sagesse ».

Après sa licence en physique, Marie pense rentrer en Pologne, mais elle a pris goût aux études. Allez, encore un an, le temps de boucler une licence en mathématiques. Une amie lui a fait obtenir la bourse Alexandrovich, soit 600 roubles qui lui permettent de s’inscrire à nouveau à la Sorbonne. Elle écrit à son cousin Josef Boguski pour voir s’il pourra lui procurer un emploi à son retour.

1894, grande année pour les deux sœurs. Au moment où Bronia soutient sa thèse en médecine, Maria fait une rencontre qui va changer la face du monde. Le chimiste Pierre Curie a trente-cinq ans, une barbe pointue, un air sérieux. Depuis qu’il a perdu sa première bien-aimée à l’âge de vingt ans, il n’a plus goût à l’amour. Jusqu’à ce qu’un jour du printemps 1894, la porte s’ouvre sur une étudiante polonaise, à l’intelligence lumineuse et la détermination modeste.

Les sœurs savantes : Marie Curie et Bronia Dluska deux destins qui ont fait l’histoire – Natacha Henry – La librairie Vuibert – p. 72