La cuisinière – Mary Beth Keane

Mary Mallon était une cuisinière hors pair et ce roman est inspiré de sa vie. Mary, jeune Irlandaise, débarque à New York, à 15 ans, à la fin de 19ème siècle. Quelques années plus tard, elle trouve un emploi de cuisinière et travaille pour de riches familles New-yorkaises. Elle rencontre Alfred, un jeune allemand et s’installe avec lui, sans se marier. Son métier lui plait, elle s’épanouit et gagne bien sa vie. Bref, elle est heureuse, même si Alfred a quelques soucis avec l’alcool et que leur relation est parfois conflictuelle. Mais voilà, en 1909, elle est arrêtée car « accusée » d’être à l’origine d’un foyer de typhoïde. Comment, elle qui n’est jamais malade, peut-elle transmettre une maladie ? C’est ce qu’elle a du mal à comprendre, car la notion de porteur sain est nouvelle dans le monde médical. Cette situation va totalement bouleverser sa vie : mise en quarantaine durant cinq ans, elle est jugée, puis autorisée à retourner à Manhattan mais ne doit plus exercer son métier, et Alfred n’a pas eu la patience de l’attendre. Que faire, Où vivre et de quoi ? Comment reconstruire sa vie ?…

La première partie de ce roman est un peu longue et on se demande où l’auteur veut en venir. Mais il vaut le coup de poursuivre sa lecture pour découvrir le destin particulier de cette femme de caractère, obstinée, qui ne baisse jamais les bras mais se demande constamment si elle est une victime ou une criminelle. L’auteur décrit très bien le New York de l’époque, qui accueille des immigrés de toute l’Europe et d’Asie, désireux de construire une vie meilleure. Entre ses quartiers chics et bourgeois et ses quartiers populaire et sales, qui inquiètent au plus haut point les services sanitaires, la ville ne cesse de croître à une vitesse impressionnante.

Si, comme ils l’affirmaient, c’était sa faute. Si c’était elle la responsable. Si elle était un germe ambulant doté de souffle, une sentence de mort à elle toute seule. Si c’était son arrivée qui l’avait tué. Parce qu’elle lui avait donné à manger avec sa propre cuillère. Parce qu’elle l’avait embrassé et serré dans ses bras. S’il était vraiment mort à cause d’elle, alors elle demandait grâce à Jésus. Car telle n’était pas son intention, se défendait-elle devant Dieu. Elle ne savait pas. Tard dans la nuit, longtemps après que toutes les autres pensionnaires s’étaient vraisemblablement endormies, elle s’interrogeait sur tous ces test qui revenaient positifs du laboratoire ; et tous ces sermons dont ils lui avaient rabattus les oreilles sur le bacille de la typhoïde ; et sur les vertus de la soupe chaude sur la salade froide ; et sur les effets des températures élevées sur les aliments ; et sur les milieux où poussent et pullulent les microbes ; et sur la forte probabilité que ses glaces et ses puddings soient responsables de la transmission. Elle repensa au bateau qui l’avait amené en Amérique, et à tous ces corps qui avaient été jetés dans l’océan gris, tous ces lourds sacs cousus dont elle pourrait suivre la trace si, un jour, elle décidait de rentrer au pays.

De toute façon, c’était dorénavant sans importance, se persuadait-elle, le matin, en se passant en hâte un gant de toilette sur le visage. C’était sans importance, se répétait-elle en remontant une paire d’épais collants sous sa jupe, alors qu’elle observait son haleine qui flottait autour de son visage, au fur et à mesure que l’agitation s’emparait d’elle. La certitude la gagnait de nouveau, elle n’avait pas tué cet enfant, pas plus qu’elle n’avait tué quiconque dans cette grande ville vaste, sale et bouillonnante. Quelle rigolade, en vérité, sauf que c’était criminel de leur part de l’avoir enfermée, elle, une femme, une cuisinière, alors que partout en Amérique la pestilence n’attendait qu’un signe pour se dégager et se répandre !

La cuisinière – Mary Beth Keane – Presses de la cité – p. 223-224

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