Le dernier Lapon – Olivier Truc

En Laponie, le soleil revient timidement à partir de mi-janvier, après 40 jours de nuit polaire. C’est lors de ce premier jour d’ensoleillement relatif qu’est volé, au centre culturel Juhl de Kautokeino, un tambour de chaman. Ce trésor de la culture Sami avait été offert à un français lors d’une expédition menée en Laponie par Paul Emile Victor en 1939, et cache un secret qui met en danger le peuple Lapon. Le lendemain, Mattis, un éleveur de rennes est retrouvé sauvagement assassiné près de son gumpi, les deux oreilles tranchées. La tension monte dans la ville et ses alentours, et jusqu’à Oslo où doit avoir lieu prochainement une conférence de l’ONU sur les populations autochtones. Tout le monde doit s’y mettre pour retrouver le ou les coupables, c’est ainsi que Klemet Nango, de la police des rennes, et sa jeune coéquipière Nina, se retrouvent à enquêter sur cette affaire complexe. Dans le même temps, Racagnal, un prospecteur minier français, se met à la recherche d’une mystérieuse mine d’or, à la demande de Karl Olsen, en éleveur de rennes véreux qui rêve de faire fortune.

L’immensité des terres gelées et enneigées de Laponie sert de décor à ce roman passionnant où l’enquête se déroule essentiellement de nuit, par des températures variant de – 20 à – 40 degrés. L’auteur y dissémine quantités de renseignements sur la culture Sami, sur le mode de vie des éleveurs de rennes, l’opposition entre leur culture et celle des « blancs » venus coloniser leur territoire depuis le 17e siècle et la difficile cohabitation entre les défenseurs des traditions de ce peuple autochtone et les adeptes du développement économique à tout prix, même au détriment de la préservation de l’environnement.

–          Savez-vous que la Laponie est une terre passionnante pour les minerais ? Il y avait déjà de nombreuses mines à l’époque, notamment la mine de fer de Kurina, qui intéressait d’ailleurs beaucoup les Allemands. Le fer de Kurina a servi à fabriquer les armes nazies. Mais je me rappelle que circulaient nombre de rumeurs sur un énorme gisement d’or. A la façon dont certaines personnes en parlaient, cela paraissait presque une légende. Cela nous étonnait, car nous avions l’impression que les Sami étaient peu attachés à ce type de richesse matérielle. A l’époque, ils vivaient encore essentiellement de façon nomade. La rumeur sur ce gisement extraordinaire était là, cependant. Lorsqu’il me remit le tambour, je compris que quelque chose était lié à ce gisement. Mais Niils s’était fait très… grave en évoquant ça. Il me dit donc qu’il y avait une malédiction sur ce gisement, que ce gisement avait apporté beaucoup de malheur à son peuple. Et que c’était pour cette raison, aussi, que ce tambour devait être mis en sécurité loin d’ici. Afin que la vérité de ce gisement ne tombe pas entre les mains de personnes indésirables.

–          De quelle malédiction voulait-il parler ?

–          […] je n’en sais trop rien. De quelle façon ce gisement aurait-il eu un impact sur son peuple ? Je l’ignore. Avaient-ils été privés de pâturages leur appartenant, ou de terres importantes pour leur transhumance ? Est-ce que cela avait provoqué la perte de troupeaux, des rennes étaient-ils morts de faim ? Ou bien la malédiction touchait-elle les Sami eux-mêmes ? Je me suis posé toutes ces questions, et bien d’autres.

Le dernier Lapon – Olivier Truc – Métailié (Noir) – p. 190-191.

[…] Un jour il avait emmené Aslak au pied d’une montagne. Elle n’était pas très haute. Son sommet était plat. Mais, d’en haut, on pouvait voir les autres montagnes, à perte de vue. Aslak avait appris à aimer ces montagnes ce jour-là quand son grand-père lui avait dit : « Tu vois Aslak, ces montagnes, elles se respectent les unes les autres. Aucune n’essaie de monter plus haut que l’autre pour lui faire de l’ombre ou pour la cacher ou pour lui dire qu’elle est plus belle. On peut toutes les voir d’ici. Si tu vas sur la montagne là-bas, ce sera pareil, tu verras toutes les autres montagnes autour. » Jamais son grand-père n’avait autant parlé. Sa voix était calme, comme toujours. Un peu triste peut-être. « Les hommes devraient faire comme les montagnes », avait dit le vieil homme. Aslak ne disait rien. Il regardait son grand-père, et il regarda le paysage qui s’étendait autour de lui. Jamais les montagnes alanguies de Laponie n’avaient été aussi belles.

Le dernier Lapon – Olivier Truc – Métailié (Noir) – p. 343.

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