Déneiger le ciel – André Bucher

David vit seul dans une ferme isolée en montagne. Habituellement, il déneige leAfficher l'image d'origine village, mais cette année en son tracteur est en panne. En cette veille de Noël, il attend un ami avec qui il doit passer les fêtes. Ce dernier doit arriver à pied et, la nuit tombant, David décide d’aller à sa rencontre pour le guider. En chemin, le froid est vif. Peut-être pour oublier la longueur du trajet, David se met à pense à sa vie, à la mort de sa femme, à sa fille qui vient de se séparer de son mari, à ses petits-enfants, à Muriel aussi, avec qui il a une liaison et dont la fille, Martien, a mystérieusement disparu…  ses réflexions et ses rencontres vont lui faire vivre une nuit d’hiver riche en émotions.

Ce récit est parfois confus et on se demande où l’auteur veut en venir : on se perd parfois avec lui dans ses réflexions. Mais il reste agréable à lire et nous amène à réfléchir sur le sens de la vie.

David savait qu’il délirait, il trouvait ça dangereux, mais il valait mieux se débarrasser des idées noires que de continuer à les ruminer. Il s’en trouva rasséréné.

Il songea aux croyances des indiens d’Amérique. Au pays des ombres et à leur représentation. L’intérieur figurant l’âme et l’extérieur ne dessinant guère plus  qu’une ombre spectrale, une aura ceinturant le corps. Les rêves constituaient le terrain de chasse, la connaissance et le royaume de l’aventure. Pour David, il s’agissait juste d’une aptitude à déplacer son esprit. Une veille subconsciente, un état de vigilance et de grâce. A l’image de cette nuit. Le jour, il n’y avait point de séparation, les deux ombres restaient chevillées au corps.

Il venait de repérer le lit de la rivière, sur sa droite. Et maintenant les ombres distinctes de Martine remontaient des berges, elles virevoltaient, incertaines, mais elles ne paraissaient pas hostiles. Elles revenaient au pays des enfants disparus.

David s’alarma, j’ai sans doute de la fièvre, et il s’en amusa. Il se rendit compte soudain qu’il faisait de plus en plus sombre. Aussi il se concentra. Cheminer dans l’obscurité se révélait toujours délicat, au début. Un peu inquiétant. Il fallait assimiler cette noirceur en tant que propriété physique, le temps que la rétine s’habituât. Après quelques minutes on s’adaptait et on parvenait à se mouvoir parmi cette tache aveugle, comme si l’on suivait un départ de piste dans un labyrinthe, qui s’ouvrait subitement.

David revint sur sa perception des choses dans cette nuit si particulière. Il n’était plus seulement le type du coin qui déneigeait les chemins sans trop se fatiguer les méninges, ni même un vague sauveteur. Non, en quelques heures, il était devenu un sorcier ! Il fut pris d’un fou rire puis, sans transition, il redevint grave, presque solennel. C’est ça, il décréta, il était investi d’une mission. Responsable d’autrui. Enfin.

Déneiger le ciel – André Bucher – Sabine Wespieser – SW poche – p. 61-62