L’huile d’olive ne meurt jamais – Sophie Chérer

Quand le prof de français demande à ses élèves de rédiger un portrait d’une Afficher l'image d'originepersonne qu’ils admirent, Caroline choisit de parler de Rosalia Basile : la baronne de Cordopatri. La vieille dame vit seule sur son domaine de 40 hectares d’oliviers, qu’elle refuse de céder à la mafia locale. Quelques temps plus tard, le père d’Olivier gagne un voyage en Sicile. Le jeune homme, secrètement amoureux de Caroline,  décide de rendre visite, sur place, à la baronne, sans trop savoir ce qu’il va lui dire. De son côté, Delfina vient d’avoir un petit garçon avec Sergio, mais elle ne veut pas vivre avec un homme qui travaille pour la mafia, même si elle l’aime.

Un roman fort, tiré d’une histoire vraie et facile à lire.

Avant de s’endormir, il a pris sa décision.

Et à présent qu’il roule dans son sillage de la  veille, il est pressé d’arriver, comme on arrive à destination dans les films, en deux images, en deux secondes, il cherche la formule idéale, il retourne les mots dans sa tête pour lui annoncer son désir, et l’empêcher de le lui refuser.

– Bonjour, ne tirez pas ! C’est moi, le Français, comme hier ! crie-t-il en tournant dans la grande allée.

Il n’y a personne.

Son cœur se serre. Il regarde tout autour de lui. Il appelle sans succès. Il met les gaz et continue sur le chemin.  Quelques centaines de mètres plus loin, un tracteur bleu emmène derrière lui l’un des filets aux coins rabattus, bourré d’olives, brillant et bosselé comme un filet de pêche miraculeuse. La baronne le conduit. Les quatre policiers l’encadrent à pied, les armes toujours dressées. Le bruit du moteur a couvert les appels d’Olivier. Il descend de la Vespa pour s’avancer vers eux les mains levées.

Le tracteur s’arrête brusquement.

La baronne le regarde. Elle est un peu décoiffée, sa mèche blanche dérangée, les sourcils en accent circonflexe semblent dire : Vous avez oublié quelque chose, mon ami ?

– Je suis revenu pour vous aider, dit Olivier en italien, pour que les policiers le comprennent aussi.

– M’aider ? Mais jeune homme, vous êtes fou. Personne n’a le droit de m’aider.

– Tout le monde a le devoir de vous aider ! Bien sûr, les gens d’ici risquent leur vie, mais qu’est-ce que je risque, moi ? Rien du tout. J’y ai réfléchi toute la soirée ils ne me feront rien. Je repars dans quatre jours. Je ne reviendrai jamais ici. Qu’est-ce que ça peut faire ? Je suis un touriste ! Je ne compte pas. Personne ne le saura. Mais au moins je vous aurai donné un coup de main.

Et à peine a-t-il terminé sa phrase qu’il se baisse pour ramasser les olives à pleines poignées.

– Non, non ! dit la baronne ne riant. Attendez ! Voyez, celles-là, je vais les emporter avec le tracteur. Plus loin, il en reste à faire tomber des arbres, mais le travail se fait petit à petit.

Olivier se relève.

Il sourit aux policiers qui le regardent toujours avec méfiance.

– Je ne peux pas accepter, dit-elle. Quel âge avez-vous ?

– Dix-neuf ans, ment-il. Je suis majeur, vous savez.

L’huile d’olive ne meurt jamais – Sophie Chérer – L’école des loisirs – Médium – p. 78-81