Ma mère, le crabe et moi – Anne Percin

https://allezvousfairelire.files.wordpress.com/2015/06/ma-mc3a8re-le-crabe-et-moi-anne-percin-le-rouergue.jpgTania ne supporte pas l’attitude de sa mère, qui tient un blog où elle fait croire que sa vie de famille est enthousiasmante et pleine de surprise. Elle n’aime pas non plus la nouvelle amie de son père, pour laquelle il les a quittées toutes les deux. Mais un jour, sa mère lui annonce qu’elle souffre d’un cancer du sein, et cet évènement malheureux va tout bouleverser. Après l’opération, les choses se passent plutôt bien et Tania en parle peu autour d’elle. Mais lorsque commencent les séances de chimiothérapie, voyant sa mère s’affaiblir, elle décide de la soutenir et de l’accompagner sur la voie de la guérison. Leurs relations s’en trouvent totalement changées, la complicité mise à mal par l’adolescence revient.

Un beau récit, enthousiaste et drôle malgré la gravité du sujet.

Et puis, peu à peu, les amis ont moins téléphoné. Pour eux, le plus dur était passé. Après tous, techniquement, elle « n’avait plus le cancer », puisque la tumeur avait disparu ! ce qui était à peu près aussi malin comme raisonnement que de penser qu’on a chassé un rat en faisant disparaître ses crottes. Il est passé par ici, il repassera par là… D’une cellule à l’autre, le rat continue à cavaler en contaminant tout sur son passage. On avait retiré sa plus grosse crotte, mais l’animal était toujours là. Il allait falloir l’empoisonner. C’était la prochaine étape, ça.

La chimiothérapie.

On en parlait souvent, avec mes copines. (Pas des rats en général, mais de la chimio.) Depuis que je m’était retrouvée seule quand ma mère était à l’hôpital, je passais auprès d’elles pour une espèce d’héroïne. Une fille en avance sur son temps, une nana du futur, qui fait des courses toute seule à GigaMag et qui se prépare des plats avant de faire ses devoirs (je ne leur avait rien dit au sujet de Chantal-la-Verdure, évidemment). Mais, parfois, leur admiration teintée de pitié devenait gonflante. C’était le cas quand elles décidaient de m’interroger sur l’opération. Elles s’y mettaient à plusieurs, comme dans un interrogatoire de police :

– Ils lui ont tout retiré, t’es sûre ?

– Comment ils savent qu’il n’en reste pas des bouts ?

– Pourquoi ils ont pas enlevé le deuxième sein ? Histoire d’être sûrs ?

(Mes copines ont une conception extrémiste de la médecine. Si elles avaient été chirurgiennes, je pense qu’un gosse venu pour une appendicite repartirait avec le système digestif en moins. Au cas où.)

Au bout d’un moment, pour tester ma résistance morale, elles finissaient inéluctablement par me demander :

– Mais tu ne t’inquiètes pas, toi ?

Ma mère, le crabe et moi – Anne Percin – Le Rouergue – DoAdo – p. 53-54