La Grande Rivière – Anne Rossi

zoomDeux exclus se rencontrent et partent à la recherche d’un monde meilleur, où ils seront acceptés avec leurs différences. Grenouille a une particularité physique : elle a les mains palmées. Mais pour sa tribu, qui vit dans la montagne, cette malformation en fait une paria. A la mort de son grand-père, qui l’a toujours protégée, elle est rejetée par les siens. Elle décide alors de partir en suivant le fleuve, car au bout se trouve un pays merveilleux, le pays où vont les morts ; elle y retrouvera Grand-Aigle. En chemin, elle rencontre Arbas, un jeune garçon maltraité et chassé par les siens car il n’a qu’un bras. Ils décident de faire route ensemble sur une embarcation qu’ils ont eux-mêmes construite. Descendant le cours de la grande rivière, ils font face à de multiples dangers, mais font aussi de belles rencontres. Ils découvrent également que leur différence peut être un atout.

Un beau voyage initiatique avec des personnages courageux, volontaires qui évoluent dans des paysages grandioses.

Petit à petit, Grenouille apprivoisait l’obscurité.

Elle sursauta néanmoins quand quelque chose sauta près d’eux avant de retomber avec un « plouf » sonore. Un cri de frayeur lui échappa.

– C’est juste un poisson, remarque Arbas.

– Il m’a surprise ! Et puis c’est la huit.

– Et alors ?

– Tu n’as pas peur du noir, toi ?

Tout le monde redoutait l’obscurité, à sa connaissance. A part son grand-père, mais Grand-Aigle n’avait jamais peur de rien. D’un coup de gaffe habile, Arbas évita une racine à fleur d’eau, à peine visible à la lueur des étoiles.

– Dans le noir, répondit-il à voix basse, personne ne me voit.

Grenouille sentit son cœur se serrer. C’était si triste, comme réflexion ! Elle, au contraire, avait toujours voulu que les autres la voient, qu’ils fassent attention à elle, comme Grand-Aigle ! Elle tendit la main pour la poser sur l’épaule de son ami, faisant tanguer le tronc.

– Attention !

La voix d’Arbas était un peu sèche, comme s’il regrettait son moment de faiblesse. La jeune fille reposa sa main sur le tronc, puis la releva aussitôt, un doigt tendu vers l’avant.

– Regarde ! s’exclama-t-elle, le souffle coupé.

La forêt s’arrêtait d’un coup, comme au bord d’une falaise. Mais nul précipice ne les attendait. Une pleine herbeuse ondulait devant eux, à perte de vue. La pâle lumière de l’aube naissante illuminait les gouttelettes de rosées accrochées aux longues tiges.

– Ce que c’est beau…, fit Grenouille, rêveuse.

– Sauf qu’il n’y a aucun coin où se cacher, remarque Arbas.

Le tronc dérivait plus lentement dans le courant. Grenouille aurait bien voulu distinguer le visage de son ami, mais, il lui tournait le dos.

– Tu as peur de quitter la forêt ?

– Je n’ai pas exactement peur, simplement… c’est tout ce que j’ai jamais connu.

La Grande Rivière – Anne Rossi – Magnard jeunesse – p. 50-52