L’été des pas perdus – Rachel Hausfater

Afficher l'image d'origineMadeleine est une jeune fille sensible et révoltée. Elle adore son grand-père, Grégoire, et passe beaucoup de temps à ses côtés ; son père, volage, ne s’occupe d’elle que de loin et sa mère n’est pas plus présente. Cet été, elle va l’accompagner sur les lieux de son enfance, en Normandie, où il a vécu la guerre et le débarquement. Mais Grégoire  a des absences et revit parfois sa vie de petit garçon, prenant sa petite fille pour sa sœur, Madeleine (elles portent le même prénom), disparue après la guerre…

Un roman tendre et très touchant. Une belle complicité entre une adolescente et son grand-père.

– Mais la maison, on y est ! tenté-je, sans grand espoir de le convaincre.

– Non, Madeleine, non ! insiste-t-il, les yeux pleins de larmes.

– Pleure pas, Grégoire, le rassuré-je à la hâte. Je vais vite me préparer et on y va !

– Promis ?

– Juré… Ne bouge pas.

Je me rue dans la salle de bains, prends la douche la plus rapide du monde, enfile un jeans, un T-shirt et mes baskets, avale un verre de jus d’orange et prépare en quatrième vitesse mon sac de voyage. Je reviens dans la chambre de grand-père et vérifie qu’il a bien tout ce qu’il lui faut. Au moment de partir, je file au salon et récupère son portefeuille, vérifie qu’il a ses papiers et sa carte bleue, et lui fourre dans la poche, attrape mes clés et hop, dehors !

Le soleil nous fait cligner les yeux. On se dirige vers le métro. Grand-père ne parle pas, perdu dans ses pensées, perdu dans son passé. Je le laisse tranquille et savoure ma joie. J’ai toujours adoré partir !

Heureusement, je sais de quelle gare partent les trains pour la Normandie. Arrivés à Saint-Lazare, Gramps paraît se réveiller et il s’exclame, de sa voix normale :

– Comme ça a changé !

– Quoi ?

– La salle des pas perdus.

Des pas perdus ? Oh non ! Voilà qu’il recommence à délirer.

– Pourquoi ils ont une salle, s’ils ne sont pas perdus ?

Il se met à rire et m’explique :

– Mais si, ils sont perdus… les pas, quand on marche en rond en attendant son train. C’est comme ça qu’on appelle ce grand hall dans les gares.

– Et qu’est-ce qui a tant changé ?

– Regarde toutes ces boutiques, ces lumières, cette animation. C’était plus sombre, autrefois, souvent désert et plutôt désolé.

– Triste, alors ?

– Oui, reconnait-il, un peu triste. J’ai toujours trouvé que la salle des pas perdus sentait le désespoir… mais elle avait de la grandeur, une certaine beauté ainsi.

– J’aurais bien aimé y faire les cent pas… soupiré-je.

J’aime bien les endroits mélancoliques, je m’y sens à ma place.

– Pas possible, ma puce, nous, on n’est pas perdus ! me fait-il remarquer avec malice.

– Ah bon ? Je croyais…

Je lui jette un coup d’œil interrogateur.

– Au contraire, puisqu’on rentre à la maison, me répond-il de sa voix grave et sage de grand-père qui me rassure.

C’est bon, il sait de nouveau ce qu’il fait et je le suis, confiante. Mon grand-père et moi, on retourne en enfance !

L’été des pas perdus  –  Rachel Hausfater  –  Flammarion  –  Tribal  –  p. 47-49