Terrienne – Jean-Claude Mourlevat

TerrienneUn soir d’automne, Anne fait du stop sur la route qui mène à Montbrison. Etienne Virgil s’arrête pour la prendre. Elle lui demande de s’arrêter au croisement de la petite route qui mène à Campagne. C’est la première fois qu’il remarque ce panneau « Campagne 3,5 » sur ce trajet qu’il fait pourtant régulièrement. Anne sort de la voiture et se rend à pied à Campagne. En fait, elle part pour un monde inconnu… Campagne est un passage vers un ailleurs qui n’est accessible qu’à quelques-uns. Et si elle s’y rend, c’est pour retrouver sa sœur, Gabrielle, disparue un an auparavant et de qui elle a reçu un message durant la nuit. C’est un lieu dépourvu de toute humanité, dont les habitants sont lisses, sans défaut, programmés pour vivre un destin tout tracé. Ils ne respirent pas, ont horreur de la saleté, évitent tout contact physique, rien n’y a de goût ni d’odeur. Ils connaissent le monde des terriens, mais celui-ci les dégoûte, leur fait peur. Pourtant, certains s’y rendent quelques fois, pour capturer des terriennes, les remettre à une haute autorité, et leur faire mettre au monde des hybrides. Grâce à la complicité de Mme Stormiwell, de Torkensen et de Bran Ashelby, elle va tenter de reprendre contact avec Gabrielle…

Ce qui me restait à lui demander était en réalité ce qui m’importait le plus. Mon estomac s’est noué. Je me suis lancée.

–          Etiez-vous déjà dans cet hôtel l’automne dernier ?

–          Certainement, j’y travaille depuis douze ans.

–          Bien. Alors, vous rappelez-vous avoir vu arriver ici une autre personne de « chez nous », à la mi-septembre ? Une jeune femme d’environ vingt-cinq ans, accompagnée d’un homme.

–          Oui, bien sûr, une jolie rousse avec la peau blanche. Une Terrienne. Je m’en souviens, comment oublier ? Ce n’est pas si souvent qu’il en passe.

Mon cœur s’est affolé.

–          Continuez, je vous en prie. Comment était-elle ? Racontez-moi !

–          C’était une capturée. L’homme avait beau prendre un air naturel et la cacher de son mieux, j’ai tout de suite vu qu’elle respirait. J’ai l’œil, vous avez pu vous en rendre compte.

–          Une capturée. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Elle s’est raidie, m’a regardée plus intensément.

–          Vous connaissez bien cette jeune femme ? Quel lien avez-vous avec elle ?

J’ai hésité, mais une fois encore j’ai choisi la vérité.

–          C’est ma sœur.

–          Votre sœur ? Elle a réfléchi quelques secondes. Est-ce que c’est une chose importante, chez vous, d’être sœur ? Pardonnez cette question, mais je ne me rends pas vraiment compte…

[…] Mme Stormiwell attendait ma réponse. J’ai bredouillé :

–          Oui, c’est une chose très importante d’être sœurs. Je suis…

Je ne trouvais pas le mot juste et j’ai dit le premier qui m’est venu :

–          Je suis très attachée à elle…

Mes yeux se sont mouillés. Alors, dans cette image brouillée, j’ai vu Mme Stormiwell qui se levait de sa chaise et s’approchait de moi. Elle a avancé sa main, avec lenteur.

–          Je peux ?

Cette fois, j’ai compris ce qu’elle désirait, et j’ai hoché la tête en signe d’acceptation.

Elle a cueilli de l’index une larme sous mon œil gauche. Elle l’a porté à ses lèvres, déposée sur le bout de sa langue, goûtée.

Oh, c’est salé… Exactement comme ils disent dans les livres… Comment faites-vous ça ?

Terrienne – Jean-Claude Mourlevat – Gallimard jeunesse – Pôle fiction – p. 76 à 78

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