Autour de ton cou – Chimamanda Ngozi Adichie

Ce recueil de douze nouvelles nous fait voyager entre le Nigéria et les Etats-Unis, où de nombreux nigérians souhaitent émigrer. La dernière pourrait servir d’introduction à toutes les autres : elle raconte l’histoire d’une femme vivant dans une tribu nigériane au 19ème siècle, alors que les colons anglais et français envahissent l’Afrique. Nwamgba, femme volontaire et têtue, se rend compte que pour obtenir fait et cause dans une affaire de justice, il vaut mieux parler la langue du colonisateur. Elle décide donc d’envoyer son fils unique à l’école des blancs, dans une congrégation religieuse. Mais voilà, son fils, d’abord rebelle à l’école, finit par adhérer entièrement aux préceptes des religieux et veut obliger sa mère à s’y soumettre… Les autres nouvelles se déroulent dans le monde contemporain ; on y croise des Nigérians tiraillés entre leurs traditions ancestrales et la modernité. Des hommes et des femmes partis vivre aux États-Unis et cherchant avec plus ou moins de bonheur ou de réussite, à s’adapter à la vie américaine. Des nigérians vivant au pays où sévit la corruption, où le peuple est aux prises avec des conflits religieux, ou désirant simplement préserver leurs traditions… chacun désire trouver un équilibre entre le passé et le présent.

Un livre agréable à lire, qui dépeint la société nigériane actuelle, mais dont la plupart des personnages font surtout partie de l’élite (Étudiants, professeurs, médecins…)

Le jour où les blancs vinrent rendre visite à son clan, Nwamgba abandonna la marmite qu’elle allait mettre au four, prit Anikwenwa et ses apprenties et courut à la place du village. Elle fut d’abord déçue par l’aspect quelconque des deux blancs ; ils avaient l’air inoffensif, la couleur des albinos et des membres fins et frêles. Leurs compagnons étaient des hommes normaux, mais eux aussi avaient quelque chose d’étranger et un seul d’entre eux parlait ibo en plaçant bizarrement ses accents toniques. Il dit qu’il était originaire d’Elele ; les autre hommes normaux venaient de Sierra Leone, et les blancs de France, de l’autre côté de la mer. Ils appartenaient à la congrégation du Saint Esprit ; ils étaient arrivés à Onicha en 1885 et y construisaient leur école et leur église. Nwamgba fut la première à poser la question : Avaient-ils apportés leur fusil, par hasard, ceux qui avaient servi à tuer les gens d’Agueke, et pouvait-elle en voir un ? L’homme répondit d’un ton malheureux que c’était des soldats du gouvernement britannique et les marchands de la Royal Niger Company qui détruisaient les villages ; eux, au contraire, étaient porteurs de bonnes nouvelles. Il parla de leur dieu, qui était venu au monde pour mourir, qui avait un fils mais pas de femme, qui était trois mais aussi un. Beaucoup de gens, autour de Nwamgba, rirent bruyamment. Certains s’en allèrent, parce qu’ils avaient imaginé que l’homme blanc était un puits de sagesse ; D’autres restèrent et offrirent des bols d’eau fraîche.

L’historienne obstinée – In : Autour de ton cou – Chimamanda Ngozi Adichie – Gallimard (Nouvelles) – p. 269-197

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