La confrérie des chasseurs de livres – Raphaël Jerusalmy

En janvier 1463, à 31 ans, François Villon, célèbre poète, est libéré de prison et banni de Paris. Les historiens perdent alors sa trace, on ignore toujours ce qu’il est devenu… C’est à ce moment que l’auteur de ce roman prend en main son destin et donne une suite à sa vie.

L’histoire (re)commence par la visite de l’évêque de Paris, Guillaume Chartier, à François Villon dans sa cellule. Il vient lui annoncer sa libération en échange d’un service à rendre au Roi Louis XI. Plus qu’un service, c’est une mission qui lui est confiée, dont l’objectif n’est rien moins que d’affaiblir le pouvoir du Pape, pour affirmer celui du Roi de France qui a fort à faire avec les princes du royaume. Il devra d’abord se rendre en Allemagne pour convaincre un libraire et éditeur de Mayence de venir s’installer à Paris. L’idée est d’y faire circuler les idées nouvelles et progressistes de ce que l’on n’appelle pas encore la Renaissance. Puis sa mission le mènera jusqu’à Jérusalem, où il entre en contact avec la mystérieuse Confrérie des chasseurs de Livres, composée essentiellement de juifs, qui détient des documents antiques d’une valeur inestimable, notamment le testament de Jésus, que Rome aimerait récupérer… Notre poète, manipulé dans tous les sens, va se retrouver bien malgré lui au cœur d’un complot d’envergure internationale, duquel seul son talent de poète pourra le délivrer.

L’écriture de ce roman est parfois un peu alambiquée, il y a quelques longueurs, mais l’intrigue est intéressante (même si elle est parfois un peu difficile à suivre). On découvre la personnalité complexe de François Villon, tour à tour voyou, romantique, rusé, manipulable à souhait… les relations complexes et les oppositions entre le pouvoir des princes et celui des confessions religieuses.

Jusqu’à ce qu’il parvienne au Sépulcre, François ne croyait pas poursuivre un but précis, se moquant bien des manigances de Chartier, des stratagèmes de Galmiel ou des intérêts du royaume. Il ne voyait dans sa mission qu’un prétexte au vagabondage. Il y perçoit désormais la main ferme du destin. Et peut-être la fin de son errance. Le Terre Sainte l’attendait depuis toujours. Ses paysages insolites l’enserrent lentement dans leur trame tout comme les lettres ensorcelées qui étreignent l’écusson des Médicis. Villon est certain d’être arrivé jusqu’ici pour accomplir un devoir sacré. Lorsqu’il se penche pour se recueillir, il aperçoit son propre visage, reflété par la bordure d’argent qui entoure la sépulture. Un souffle glacial lui frôle la joue tel un murmure. Il colle l’oreille contre la pierre tombale comme si le Sauveur allait lui chuchoter la réponse qu’il est venu chercher. Mais au moment où il parvient enfin à s’imprégner de la sainteté du lieu, de l’étrange intimité, presque complice, qui lie soudain son sort de rebelle, de condamné, à celui de Jésus, deux hommes, leurs visages cachés sous de larges capuchons, entrent dans la basilique et font signe qu’on les suive.

La confrérie des chasseurs de livres  –  Raphaël Jerusalmy  –  Actes Sud  –  p. 131-132

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