Itawapa – Xavier-Laurent Petit

1974 : une tribu indienne vivant au cœur de la forêt amazonienne se trouve décimée par les ouvriers d’un chantier de déforestation ; seul un de ses membres survit et a assisté au massacre. 2010 : Talia vit à Léopoldina, petite ville brésilienne, avec sa mère et son grand-père. Dans quelques jours elle va fêter ses quinze ans et elle aimerait que sa mère, Juana, soit présente. Mais Juana est partie depuis plus de quarante jours et ne donne plus de nouvelles. Ethnologue, elle s’est donné pour mission d’étudier celui qu’elle a nommé Último : le dernier individu d’une tribu Indienne qui vit dans les environs d’Itawapa (un lieu qui n’est même pas indiqué sur les cartes), et semble insaisissable. Après avoir demandé de l’aide à un policier, Agusto et à son grand-père, Talia ne sait plus quoi faire, et son inquiétude ne cesse de grandir. Un coup de téléphone la décide à partir à la recherche de sa mère, au cœur de la forêt vierge…

Ce beau roman pointe du doigt les ravages de la société de consommation et les désastres écologiques qu’elle peut engendrer : déforestation, disparition des peuples et des cultures dites mineures. Último est sans doute le plus beau et le plus humble des personnages de ce récit captivant.

 Cinq jours que les kalawas étaient à pied d’œuvre, et jamais le grondement de leurs machines n’avait été si proche. Au rythme où ils avançaient, ils découvriraient le village d’ici trois jours. Quatre, peut-être.

Que se passerait-il alors ?

Les chasseurs et les anciens en discutaient à mi-voix, comme s’ils redoutaient d’être entendus. Tous étaient d’accord. Il n’y avait plus à attendre. Il fallait partir, abandonner le village et s’enfoncer au cœur de la forêt. Hors de portée des Blancs et de leurs machines.

Itawapa – Xavier-Laurent Petit – l’école des loisirs – Médium – p. 22

 C’était aussi le domaine d’une poignée d’Indiens arredios, derniers survivants d’un groupe dont personne ne connaissait seulement le nom. Pas plus de quatre ou cinq individus, avait estimé maman lors de son premier voyage à Itawapa.

Elle l’avait cru longtemps.

Mais au fur et à mesure de ses séjours, elle avait affiné ses observations, recoupé ses notes et avait finalement eu la certitude que des Indiens auxquels elle se consacrait sans les avoir jamais vus n’étaient pas cinq.

Ni quatre. Ni trois. Ni même deux.

Ils n’étaient qu’un. Un tout seul.

Le dernier survivant d’un groupe décimé on ne savait par qui ou quoi. Maman n’avait de preuve de son existence qu’à travers les rares traces qu’il laissait de son passage : des cendres, des branches entaillées, des abris d’açaï abandonnés…

Faute de mieux, elle l’avait appelé Último. Le dernier.

A plusieurs reprise, elle m’avait raconté que, seule en pleine forêt, elle avait soudain senti une présence toute proche, un regard braqué sur elle. Quelqu’un était là, à l’épier et à l’observer. Chaque fois, frissonnante et le cœur battant, elle s’était figée, guettant le moindre signe, le moindre souffle… mais chaque fois cette impression avait fini par s’évaporer comme flaque au soleil. Il n’en était resté que la sensation d’une présence aussi impalpable que le passage d’un fantôme.

« Et pourtant, Il était là, Talia, s’enflammait-elle, c’est sûr. A quelques pas de moi. Mais où ?… »

Sans un bruit et sans un craquement, Último était reparti comme une ombre et maman n’avait rien vu.

C’était ainsi. Ma mère veillait jour et nuit sur un homme invisible et n’aurait changé de travail pour rien au monde.

Itawapa – Xavier-Laurent Petit – l’école des loisirs – Médium – p. 53-54