Ma vie de pingouin – Katarina Mazetti

https://i2.wp.com/www.pagedeslibraires.fr/liv-7799-ma-vie-de-pingouin.jpgIl y a Wilma, jeune femme pas très féminine et un peu gauche mais d’un optimisme à toute épreuve, Tomas, ex-père de famille dépressif qui a perdu goût à la vie et Alba, septuagénaire baroudeuse et observatrice avertie de l’espèce humaine. Tous trois se retrouvent embarqués pour une croisière en antarctique. En deux semaines ils vont se découvrir et se rendre compte que ce sont leurs différences qui les rapprochent. Sur un ton plutôt caustique, l’auteur nous plonge dans un huis clos peuplé de manchots, d’éléphants de mer et autres pétrels, mais aussi de couples naissants ou en voie d’extinction. Son analyse des relations homme-femme peut faire sourire, mais met en avant quelques vérités sur la nature humaine. Un bon roman pour se détendre…

Je suis sûre qu’elle a quelque chose, Wilma. Elle marchait devant moi quand nous sommes partis à la découverte de l’île en une longue file furieusement orange. De loin, nous pourrions très bien ressembler à une manifestation sagement groupée en route pour renverser le dictateur d’un pays de l’Est… Wilma bougeait comme une marionnette, des mouvements raides et saccadés, et avec un très mauvais équilibre. Soit elle n’a jamais fait de danse classique quand elle était enfant, soit elle souffre de quelque chose. Elle marche un peu penchée en avant aussi, comme si elle était enceinte de huit mois. Ce qui pourrait d’ailleurs parfaitement être le cas sans que ça se voie, si on considère les énormes pulls qu’elle enfile sous la parka géante obligatoire. J’espère que ce n’est pas un truc dont Sven aura à se charger, il passe le plus clair de son temps dans son cabinet médical à jouer au poker contre son ordinateur. Je l’ai vu quand j’y suis allée pour mendier des comprimés contre le mal de mer. Nous avons fait le tour de vieux souvenirs pendant un moment, chacun un sourire au coin de la bouche, mais il était trop tôt pour s’approcher davantage soudain qu’il s’est soudain transformé en hôte poli et s’est mis à me montrer tous les dispositifs de son petit centre médical. […]

Les deux sœurs viennent de passer. Linda, l’aînée, traite sa petite sœur comme une servante. Lisa prenait son petit-déjeuner à côté de moi ce matin et elle m’a raconté que Linda lui avait payé le voyage parce que « aucune de ses amies n’était disponible pour l’accompagner… ». Linda est la veuve d’un promoteur immobilier qui possédait la moitié de la ville, si j’ai bien compris, et Lisa travaille dans un jardin d’enfants. Cela dit, elle paie sa dette, comme bête de somme et dame de compagnie. Si Linda a réellement des amies, elles se sont probablement bien gardées de venir. […]

Brittmari arrive aussi sur la lande, sur les talons du jeune guide qui s’appelle Magnus. Son mari décoche des regards qui brûlent le dos de leur parka orange. Hum.

Un des ornithologues parmi les plus zélés, équipé de jumelles Zeiss qui doivent valoir pas loin de 20 000 couronnes – il s’en est joyeusement vanté hier au bar – a réussi à fraterniser avec une bande de canards, des brassemers de Patagonie, à moins que ce ne soit des ouettes marines. Il fait des photos de groupe et des portraits sous tous les angles. Les canards ont l’air de s’ennuyer ferme.

Mirja m’injecte un peu de connaissance utile. Les couples d’ouettes marines sont fidèles toute leur vie. Ils ne sont pas les seuls, nous en avons aussi pas mal à bord de notre navire, mais ce serait trop fatiguant de me pencher sur eux, ils se ressemblent tous.

Ma vie de pingouin – Katarina Mazetti – Gaïa – p. 60-62