Chanel & Co : Les Amies de Coco – Marie-Dominique Lelièvre

Cette biographie de la célèbre Coco Chanel nous donne à voir les aspects les plus négatifs de sa personnalité. Seule l’évocation de son enfance et de son adolescence la rendent un tant soit peu humaine et sympathique. L’auteur décrit une femme excessive, possessive, égoïste, profiteuse, orgueilleuse… son génie créatif (rare point positif), apparait peu, si ce n’est pour évoquer la tyrannie qu’elle pouvait exercer sur ses mannequins et ses collègues. Marie-Dominique Lelièvre a voulu tracer le portrait de la couturière à travers ses amis, ses relations, ses amants, en consacrant chaque chapitre à un ou deux d’entre eux, ce qui en fait au final un récit très répétitif et parfois confus. Elle insiste sur son caractère fort, qui lui a permis de devenir la femme indépendante qu’elle a toujours voulu être, son intransigeance, qui lui a valu de perdre plusieurs amis, mais aussi son audace qui a suscité l’admiration de beaucoup.

Julia, Gabrielle, Antoinette. L’aînée a treize ans, Gabrielle en a douze, la cadette huit. L’homme au cheveu corbeau et ses noiraudes ressemblent à des Gitans. Les cinq enfants Chanel, personne n’a voulu s’en charger dans la famille. Les garçons, Alphonse et Lucien, six et dix ans, ont été placés dans des fermes du Puy-de-Dôme. Leur sort est plus rude. Au moins les filles mangeront-elles tous les jours, elles auront chaud et recevront un enseignement professionnel. C’est un de ces orphelinats agricoles en vogue parce qu’on y voit un remède aux maux de la société industrielle. On dit que les campagnes manquent de bras tandis que les villes regorgent d’orphelins. Par les fenêtres, on aperçoit les herbages, le lavoir des moines et la ferme où elles travailleront.

« La vie qui vous attend au couvent est une vie de travail », dit la supérieure.

Les religieuses d’Aubazine ont pour mission de former pour la vie laborieuse et les travaux pénibles des jeunes paysannes pauvres et abandonnées. L’institution a élaboré un programme pédagogique propre à leur conserver la beauté de l’âme et l’énergie de l’âme, tout en les préparant à la vie adulte. Travail et prière, comme les cisterciens qui ont fondé l’abbaye, il y a huit siècles. « Cet orphelinat vaudra mieux pour les enfants pauvres que ceux des villes où l’on ne peut former ordinairement que des ouvrières. Dans ceux-ci pénètrent facilement, malgré les soins les plus attentifs, l’esprit de vanité et le désir des jouissances, sources principales des désordres », déplore l’évêque de Tulle, à l’origine du projet.

Chanel & Co : Les Amies de Coco – Marie-Dominique Lelièvre – Denoël – p. 14-15

Résolue à conquérir Dimitri, Coco n’a pas lésiné sur les moyens. Depuis plus d’un siècle, le cours de la Rolls est stable. En monnaie constante, un modèle neuf d’hier vaut un modèle neuf d’aujourd’hui. Voire une femme se l’offrir aussi naturellement qu’une paire de chaussure est bluffant. L’autodidacte s’est montrée à la hauteur des tsars. Les Romanov n’ont-ils pas été la plus fastueuse des familles impériales ? Mais ce qui a conquis Dimitri, c’est que son amie se décide sans l’ombre d’une hésitation.

[…] Elle exerce sur lui une influence bienfaisante. Il fait du yoga, s’intéresse à l’hindouisme alors en vogue. Elle lui fait l’effet d’une enfant vulnérable : chaque nuit, des cauchemars la réveillent. Pourtant, s’étonne-t-il, jamais elle ne parle de Boy. Elle a rompu avec Stravinsky qu’elle jugeait trop collant, mais pas avec Pierre Reverdy, comme le découvre un matin de grand-duc en ouvrant un exemplaire de tendres stocks, le dernier livre de Paul Morand, dédicacé « à Gabrielle et à son poète ».

Dimitri n’est pas amoureux de Coco, note-t-il dans son Journal, elle non plus, mais la sollicitude de la jeune femme, sa bonté, une douceur insoupçonnable et son entrain apaisent sa dépression. Ils se font du bien. « Impossible d’imaginer meilleur compagnon pour cette période de ma vie que le chère Coco », se réjouit-il après trois semaines de vacances. Une Chanel peut en cacher une autre. Sous le caractère abrasif, un ange gardien. Auprès d’elle, Dimitri comprend ce que Boy Capel a aimé. Certes, elle n’est pas belle. A la fois cérébrale et animale, féminine et masculine, douce et rugueuse, elle est tout et son contraire. Et cela provoque, chez les hommes comme les femmes, un désir intense. Passif, manquant de confiance en lui, Dimitri admire les hommes d’action et les femmes volontaires. La féminité puissante de Gabrielle, sa virilité délicate le revigorent.

Chanel & Co : Les Amies de Coco – Marie-Dominique Lelièvre – Denoël – p. 124-125.