La mort est ma servante – Jean-Pierre Perrin

Ce témoignage, sous-titré « Lettre à un ami assassiné – Syrie 2005-2013 » est dédié à Samir Kassir, journaliste et intellectuel syrien assassiné par les services secrets de son pays. L’auteur le présente et lui rend un hommage touchant, évoquant leurs rencontres et leurs conversations riches et animées. Puis il nous entraine dans le pays en guerre, en décrivant quelques épisodes de son travail de journaliste, reporter de guerre, à Homs ou Alep, villes assiégées, que le pouvoir s’emploie à détruire à petit feu. On y croise les rebelles et la population terrorisée, des médecins qui n’ont plus rien pour soigner les blessés des conflits, des journalistes qui tentent d’informer le monde de la situation de leur pays au milieu des décombres et des rafales des snipers. Jean-Pierre Perrin explique également comment Hafez puis son fils Bachar el-Assad, s’emploient à soumettre un peuple, comment s’exerce leur dictature, par la terreur, la destruction, la torture… et relate enfin les relation ambigües entre la France et la Syrie, et toute la complexité des relations internationales.

Un ouvrage intéressant et enrichissant pour qui veut comprendre le drame qui se déroule dans cette partie du monde.

Bab Amro, c’est un quartier contre une armée. Un simple quartier, étriqué, déjà sinistré en temps de paix, contre toute une armée, méchante, puissante, du moins sur le front intérieur.

Les rebelles parlent de Bab Amro comme de la capitale de la révolution syrienne. A cette époque, le périmètre est assiégé depuis des mois mais il n’est bombardé sans relâche que depuis quinze jours. Néanmoins, pour qu’il soit reconnu comme le pôle le plus héroïque du pays, il a fallu du temps !

[…] Peu à peu, les Syriens ont toutefois été émus par la résistance opiniâtre de quelques centaines de combattants et le martyre de sa population. C’est province après province, ville après ville, que Bab Amro est devenu l’emblème de la Syrie rebelle. Ensuite, l’armée ayant tardé à le reprendre, il a témoigné que la victoire était possible, que l’armée de Bachar el-Assad n’était pas toute-puissante.

Chaque réfugié a des histoires terribles à raconter. Ahmed, un étudiant de 20 ans, commence : « Chaque jour, les chars, les roquettes et l’artillerie détruisent une partie du quartier. Ils le font méthodiquement. Les habitants doivent changer de maison au fur et à mesure que les obus se rapprochent. L’endroit où j’habite s’appelle Al-Tahour. Il a été bombardé pendant quatre jours. Il fallait à tout prix que je m’en aille. »

Les traits du jeune homme sont encore marqués par l’épuisement, comme s’ils s’étaient changés en plomb, et son regard s’absente entre deux phrases. C’est à pied qu’il a pu se sauver. Il reconnaît avoir dû payer les soldats pour pouvoir s’échapper : « Ils n’ont rien à manger et sont prêts à vous laisser passer contre de l’argent. Je leur ai donné cinq cent livres syriennes [moins de sept euros], deux boîtes de maté et un paquet de cigarettes. Après, ils ont fait semblant de me tirer dessus, comme si je m’enfuyais. J’avais très peur mais c’était la seule solution. Tous les soldats ne sont pas méchants, certains veulent déserter, mais ne le peuvent pas. »

La mort est ma servante – Jean-Pierre Perrin – Fayard – p. 81-84

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