Chasseurs de nuages – Alex Shearer

C’est une planète éclatée, composée d’îles gravitant autour d’un soleil. Alex Shearer - Chasseurs de nuages.L’atmosphère y est dense que l’on peut y nager. Il n’y a ni mer, ni océan, mais on croise quand même des baleines, des requins, des poissons volants et de terribles méduses empoisonnées. Les trajets d’une île à l’autre se font par bateau des airs. C’est dans cet environnement que vit Christien, jeune garçon à la vie bien rangée et qui rêve d’aventure. Une nouvelle élève est arrivée à la rentrée : Jenine ; son visage est marqué de longues cicatrices qui lui donnent un air étrange. Elle est la fille d’un couple de chasseurs de nuages, un peuple marginal mais dont l’activité est vitale. En effet, sur ces îles, il n’y a pas d’eau et le seul moyen de s’en procurer est de l’acheter aux chasseurs de nuages. Christien voit en Jenine un moyen d’assouvir ses envies de voyage. La jeune fille est un peu sauvage, mais elle se laisse petit à petit approcher. Lorsque Christien est admis sur le bateau que dirige sa mère, il est tout excité. Son voyage est une suite d’émerveillements et de craintes face aux multiples dangers qui peuplent le ciel : des pirates, des requins, et l’abordage sur les îles interdites… En matière d’aventure et de frissons, Christien va être servi !

Dépaysement garanti dans ce roman qui oscille entre science-fiction et aventure, avec une pointe d’écologie. L’imagination de l’auteur est débordante : le lecteur peut tout à fait s’imaginer ce monde à la fois si différent et si semblable au nôtre. Sa description permet d’ailleurs d’avoir une autre vision de notre monde et de notre façon de vivre, et de les regarder avec un œil critique. L’histoire est assez prenante, et même s’il y a quelques longueurs, on ne s’ennuie pas !

Si la plupart des familles n’avaient qu’un enfant – eh oui, nous étions de véritables petits empereurs et impératrices -, c’était à cause de rareté de l’eau : tout le monde craignait la pénurie. Tant de bouches à nourrie, et si peu d’eau à partager. Jadis, une cinquantaine d’années plus tôt, une longue sécheresse avait sévi. La moitié des plaques commémoratives élevées dans le Champ du Souvenir dataient de cette époque.

Il était difficile pour moi d’imaginer à quoi ressemblait la vie dans l’ancien monde, sur une planète principalement constituée d’eau. Et pourtant, d’après les livres d’histoire, des déserts s’étaient malgré tout formés au milieu des mers et des rivières. Cela me paraissait incroyable, comme si on ne nous disait pas toute la vérité. Ce ne fut que plus tard que je découvris celle-ci : l’eau de mer était salée et donc imbuvable, et les rivières s’étaient avérées polluées. Certes, des calottes glaciaires d’eau pure avaient existé, mais elles avaient toutes fondu.

« Alors je peux y aller ? Vraiment ?

– Oui, mais… »

Je ne me souviens pas de ce que recouvrait son dernier « mais ». Dans la mesure du possible, j’évite d’écouter les « mais. Si vous y prêtez trop attention, vous n’irez jamais nulle part, vous ne ferez jamais rien. Vous vous retrouverez calé au fond d’un fauteuil d’où vous n’oserez plus vous lever par crainte qu’il ne vous arrive quelque chose.

Et alors, qu’aurez-vous fait de votre vie, si ce n’est d’être resté sage et obéissant ? Ce qui est sans doute très bien, mais cela ne s’appelle pas vraiment vivre, si ?

On m’avait accordé la permission de partir et rien ne pouvait plus me retenir, pour peu que Jenine soit toujours d’accord, pour peu que sa mère ne l’ait pas fait changer d’avis entre-temps. Quant à Kaneesh, leur traqueur, ma présence serait sans doute pour lui plus une gêne qu’autre chose. Il n’avait pas l’air d’avoir une haute opinion de ceux qui n’étaient pas des chasseurs de nuages. Mais bon, on ne peut pas plaire à tout le monde, et on aurait même tort d’essayer.

Chasseurs de nuages – Alex Shearer – Les Grandes Personnes – p. 77-78