Eldorado – Laurent Gaudé

Depuis plus de 20 ans, le commandant Salvatore Piracci garde les frontières de l’Europe. A bord de sa frégate, il repère et intercepte les embarcations d’immigrants venus d’Afrique, pour les sauver puis les remettre à la police. Jusqu’au jour où une femme, qu’il a « sauvé » quelques deux ans plus tôt, l’aborde et lui raconte son histoire, sa traversée tragique. C’est le point de départ d’une remise en question profonde et irréversible.

Dans le même temps, Soleiman part du Soudan dans l’espoir de traverser le Méditerranée et d’arriver en Europe, qu’il voit comme un Eldorado ; Sur son chemin, il croise des passeurs sans scrupules, la solidarité de ses comparses autant que leur méfiance, la faim, la police toujours aux aguets, la générosité et l’énergie de Boubakar, l’espoir et le désespoir…

Salvatore Piracci regardait la silhouette étrange de ces croix de guingois et se demanda si l’hospitalité des gens de Lampedusa s’était usée comme son propre regard. Si lui aussi, à trop croiser la misère, n’avait pas fini par assécher son humanité.

C’est alors qu’une voix le fit sortir de ses pensées.

–          C’est le cimetière de l’Eldorado, entendit-il.

Un homme se tenait à quelques pas derrière lui. Il ne l’avait pas entendu s’approcher. Salvatore Piracci le contempla avec surprise. […]

–          L’herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbèreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse.  L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autre. Et nos vies sont lentes.

[…] L’Eldorado. Oui. Il avait raison. Ces hommes-là avaient été assoiffés. Ils avaient connu la richesse de ceux qui ne renoncent pas. Qui rêvent toujours plus loin. Le commandant regarda autour de lui. La mer s’étendait à ses pieds avec son calme profond. L’Eldorado. Il sut, à cet instant, que ce nom lointain allait régner sur toutes ses nuits.

Eldorado – Laurent Gaudé – Actes Sud – p. 140-141.

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