Géant – Jo Hoestlandt

Louis aime la nature et les animaux. Avec son père, Martin, ils parcourent les Afficher l'image d'originemarais sur des échasses, tout en gardant leurs moutons. Louis aime écouter les oiseaux, connaître le nom des plantes. Mais son père meurt brusquement et il doit aller s’installer en ville avec sa mère. Un nouveau monde s’ouvre à lui, qu’il a du mal à appréhender : il va à l’école, apprend qu’il faut se battre pour montrer qu’on est un garçon, doit gagner de l’argent en faisant des petits travaux. Un jour, un nouveau voisin s’installe près de leur appartement : Joseph. Il vit seul avec ses deux enfants : Sofia, une fille espiègle et franche, qui a son âge et sa petite sœur, Maria, souvent triste et renfermée, qui ne parle pas. L’amitié qui nait entre eux, va changer sa vie…

Un roman court et tendre sur l’apprentissage du bonheur.

Ce matin, la mère de Louis lui a demandé de battre le tapis pour en faire dégringoler la poussière. Il le met à la fenêtre, le brosse, le secoue. La fenêtre d’à côté s’ouvre et la tête de Sofia s’y encadre. Elle lui sourit :

– Salut !

– Salut ! lui répond-il, en écho.

Elle sort une espèce de panier à salade. Il croit qu’elle va l’égoutter, mais en fait c’est une petite cage avec un oiseau jaune dedans !

– C’est mon canari ! déclare-t-elle. J’adore les oiseaux. Pas toi ?

– … Si.

Il raconte alors qu’il en a vu des oiseaux, dans les marais, tellement ! De toutes sortes : martins-pêcheurs, mouettes rieuses, aigrettes, bécassines des marais, poules d’eau, culs-blancs, bergeronnettes, et surtout le grand échassier qui se laissait approcher si près avant de s’envoler…

– Mais, ajoute-t-il pour ne pas avoir l’air d’un type prétentieux, un oiseau comme le tien, je n’en avait jamais vu. C’est un oiseau rare !

Elle hoche la tête pour approuver :

– Il chante très bien. Et on n’a même pas eu besoin de lui crever les yeux pour ça !

Louis n’en croit pas ses oreilles ! « Crever les yeux d’un oiseau ? Pour qu’il chante ? Et elle a dit cela tranquillement, sans sourciller, comme une information, rien d’autre ! Alors non, cette fille n’est pas gentillette ! Cette fille est spéciale, peut-être même dangereuse… »

Louis rentre son tapis, referme la fenêtre tandis que Sofia sermonne son canari :

– Toi, Riri, t’es là pour prendre l’air, hein, c’est tout !

« Riri ? » Louis pense que c’est une idée drôlement bizarre de donner un prénom à un oiseau.

– Ne rameute pas tous les pigeons du coin jusqu’à toi, hein ! Qu’ils n’en profitent pas pour nous balancer leurs crottes dessus ! T’as entendu Plumes-au-Cul ?

Alors là ! ça dépasse tout ce qu’il a entendu jusqu’ici ! « Cette fille spéciale est en plus spécialement drôle ! »

Le front contre la vitre, il regarde Riri dans sa cage, perché sur sa minuscule balancelle, bien sage.

« En tendant le bras, je pourrais peut-être le délivrer », pense-t-il un court instant.

La tentation est grande. Il imagine son geste, le petit oiseau qui passe la tête par l’ouverture, surpris, hésitant devant la porte ouverte sur la liberté… Et puis il pense aux garçons du terrain vague avec leurs frondes, au petit caillou meurtrier qui fera peut-être tomber l’oiseau du haut du ciel…

– Reste là ! lui chuchote-t-il, les lèvres collées à la vitre. Après-tous, ça pourrait être pire pour toi. Elle aurait pu te crever les yeux !

Géant  –  Jo Hoestlandt  –  Magnard jeunesse  –  p. 38-41