L’innocent de Palerme – Silvana Gandolfi

https://www.images-booknode.com/book_cover/450/l-innocent-de-palerme-450118-264-432.jpgSantino a 6 ans et vit à Tonduzzo, en Sicile avec ses parents et grands-parents. La famille a peu d’argent et sa mère veut absolument fêter dignement sa communion. Son père, qui vient de trouver un emploi, revient un soir avec une liasse de billets. Mais un jour, il doit se rendre à un rendez-vous à la demande de Pasquale, fils du parrain local de la mafia. Mico, le grand-père, l’accompagne ainsi que Santino. C’est près de la ville fantôme de Poggioreale que Mico et son fils vont être assassinés. Seul rescapé de cette fusillade, Santino se réveillera à l’hôpital.

A Livourne, Lucio a 11 ans et doit s’occuper de sa mère malade et de sa petite sœur. L’absence de son père pèse sur l’ambiance familiale morose. Seules ses sorties en mer et ses rendez-vous avec Ilaria parviennent à lui changer les idées. Mais le douloureux passé de la famille va ressurgir d’un coup…

Dans ce beau roman, Silvana Gandolfi aborde le grave sujet de la mafia et de son poids dans la société italienne, notamment en Sicile. Elle explique clairement les choses et montre combien il est difficile de combattre cette organisation déloyale qui soumet les simples gens à sa loi et les terrorise.

Et puis il y avait le magistrat.

Malgré l’anxiété que suscitaient ses visites, Santino s’était rendu compte qu’il les attendait avec plaisir.

Lors de chacune d’elle, Francesco s’asseyait à côté du lit et lui expliquait comment fonctionnait la mafia. Il parlait du pizzo que devaient payer tous les commerçants et chefs d’entreprise sous peine de voir brûler leurs locaux, de ces mafieux qui « éteignaient » des vies humaines avec la même désinvolture qu’une cigarette ou le moteur d’une voiture. J’ai éteint Untel, disaient-ils : je l’ai tué. Et ils avaient l’audace de justifier leur comportement en prétendant protéger les citoyens, l’État n’en étant pas capable. Ils se vantaient d’être des « hommes d’honneur ».

Autant dire qu’ils se prenaient pour l’État.

Un État assassin.

Mais la réalité était tout autre : les mafieux étaient les ennemis de l’État.

– Les gens qui travaillent pour l’État sont donc les gentils ? avait demandé Santino, un jour, s’efforçant de comprendre. Même les flics ?

Francesco lui avait adressé un pâle sourire.

– Oui, les « flics » sont d’honnêtes gens. Même si les mafieux soutiennent que ce sont eux les méchants.

Un matin, d’humeur batailleuse, Francesco lui expliqua également pourquoi les témoins et les victimes ayant survécu n’osaient en général pas parler.

– Ce silence collectif se nomme « l’omertà », Santino. Il fait partie de la culture sicilienne. Nous en héritons de génération en génération ; dès l’âge où on apprend à marcher, on sait qu’il ne faut jamais évoquer ces affaires. Les yeux ne voient rien, les oreilles n’entendent rien. Si on parle, on est in infâme. Toi aussi, tu connais ce mot, je parie.

Santino sursauta. Le juge poursuivit avec chaleur :

– L’omertà naît surtout de la peur : la peur d’être tué par la mafia, la peur de voir son magasin incendié, la peur pour sa famille. C’est compréhensible. Mais toi, Santino, tu n’as rien à craindre. Nous te protégeons et nous continuerons à le faire.

Il prit ainsi l’habitude de le lui répéter à chacune de ses visites :

– Nous te protégeons. Tu dois nous faire confiance. Nous sommes avec toi. Je ne laisserai personne te faire de mal.

Cependant, même s’il croyait Francesco, même s’il était convaincu que les sentinelles ne laissaient passer aucun étranger et qu’on ne pourrait pas l’éteindre, Santino ne voulait pas se comporter en infâme. Aussi répondait-il invariablement :

– Je ne me rappelle pas.

L’innocent de Palerme – Silvana Gandolfi – Gallimard – Folio junior – p. 159-160