Alice au pays des Mongols – Ulrike Kuckero

Afficher l'image d'origineAlice est Zoé sont jumelles. Âgées de douze ans, l’une est surdouée et l’autre atteinte de trisomie. Persuadée qu’elle vient de Mongolie, Alice rêve d’aller dans ce pays. Son vœu se réalise le jour où ses parents gagnent un voyage dans le pays de leur choix. Mais au deuxième jour de leur périple, Alice se perd dans la steppe mongole. Elle est recueillie par la famille de Bayaraa, un garçon de son âge. Or, la veille, la grand-mère du jeune homme a eu une vision prémonitoire…
Ce roman gai et optimiste aborde le thème de la différence et du handicap sous un angle très positif. L’enthousiasme et la joie de vivre d’Alice sont communicatifs. Il permet aussi de découvrir le mode de vie et les traditions des mongols nomades qui élèvent des chevaux et des chèvres dans les plaines.

J’ai commencé à ramasser des pierres et à en faire un tas. J’ai également trouvé une branche pourrie. Je l’ai plantée au milieu et j’ai noué mon foulard autour. C’était mon écharpe porte-bonheur personnelle. Tout en continuant à ramasser des cailloux et à appeler Alice, je me suis mise à marmonner, juste pour faire quelque chose et me sentir un peu moins seule.

– Bons esprits de la steppe et du pays des collines, ai-je psalmodié en posant une pierre sur le monticule, je vous rends grâce de nous avoir permis de voyager sans encombre jusqu’ici en Mongolie. Mais maintenant, rien ne va plus. La catastrophe redoutée s’est produite : Alice a disparu. Et Alice n’est pas seulement ma sœur jumelle, elle est plus que ça. Elle est le centre de notre famille, et s’il lui arrivait quelque chose, je n’ose pas imaginer ce qui se passerait. Alors, dépêchez-vous et aidez-la, car Alice n’est pas très douée pour s’aider elle-même. Elle n’est capable que d’aider les autres. Elle aurait même recueilli l’enfant Jésus, enfin… ses parents, lorsqu’ils étaient dans le besoin. Ça en dit long sur elle ! Si vous ne le savez pas encore : Alice est quelqu’un de bien, elle est meilleure que moi et que la plupart des gens parce qu’elle a un grand cœur. Il y a de la place pour tout dans son cœur, sauf peut-être pour les exercices de maths. Mais je dis des bêtises : les maths, c’est dans la tête que ça se passe ! D’accord, il y a des têtes plus pleines que celles d’Alice, mais qu’est-ce que ça peut bien faire ?

Tout en parlant à voix haute, je tournai autour de mon ovoo de fortune en ajoutant toujours de nouvelles pierres. Bientôt cette colline n’en aurait plus une seule et serait lisse comme les fesses d’un bébé, me suis-je dit.

Alice au pays des Mongols – Ulrike Kuckero – Bayard jeunesse – Estampille – p. 139-141

Avant le lever du jour, j’ai entendu mère se lever et faire du feu. J’ai entendu ses pas légers, le grincement de la porte du poêle, puis le craquement du feu. Je l’ai entendue remplir la bouilloire et la poser sur le poêle.

Soulagé, je me suis retourné dans mon lit. C’étaient encore les vacances ; je n’avais pas école. J’avais rêvé de l’école. Le maître était en colère contre moi, parce que je n’avais pas fait mes devoirs. Pourtant, je fais toujours tous mes devoirs. Mais ce n’était qu’un rêve, et je voulais continuer à somnoler, quand mère m’a secoué.

– Bayaraa, lève-toi ! m’a-t-elle chuchoté.

Alors, je me suis souvenu : aujourd’hui, c’était un jour très spécial ! C’était le jour dont grand-mère avait eu la vision, durant la nuit dernière, lorsqu’elle a rendu visite aux esprits. Elle avait battu le tambour et fermé les yeux. Nos chants accompagnaient son esprit, qui devait partir loin pour interroger les grues et leur demander pourquoi elles volaient dans le ciel, depuis des jours. Nous étions tous restés assis autour d’elle jusque tard dans la nuit, à chanter et à attendre. « Un grand évènement va se produire », avait finalement dit grand-mère. Si les grues volaient encore le lendemain, elle interrogerait les os.

Une chose était sûre : un grand évènement allait survenir.

« Qu’est-ce que ça peut bien être ? me demandai-je en me précipitant hors du lit. Quelque chose de bien ? Quelque chose d’horrible ? »

J’ai sauté dans mes vêtements. J’avais du pain sur la planche. D’abord, il fallait que j’aille voir les chevaux, pour m’assurer qu’ils étaient encore tous là, puis que je rassemble les troupeaux pour la traite. Auparavant, il faudrait nourrir les poulains. Puis je voulais m’occuper de ma jeune jument, Zulaa.

Zulaa, mon cheval préféré, rapide comme l’éclair et vif comme la lumière quand elle tombe sur l’eau !

J’ai avalé d’un trait le thé au lait que mère me tendait.

– Doucement, mon fils, a-t-elle murmuré, en jetant un regard au lit de Tsetsgee, ma petite sœur, qui, cachée sous sa couverture, dormait encore.

– Je ramène les juments ici pour la traite, ai-je dit.

J’ai bouclé ma ceinture jaune pour fermer mon manteau et j’ai enfilé mes bottes.

Alice au pays des Mongols – Ulrike Kuckero – Bayard jeunesse – Estampille – p. 147-149