Le peintre d’éventail – Hubert Haddad

La pension de dame Hison, ancienne prostituée, accueille des voyageurs de passage, des étudiants, des pèlerins, mais aussi des visiteurs coutumiers, comme Monsieur Ho, un commercial qui y loge plusieurs nuits par semaine, les amants Ana et Ken qui viennent s’y cacher pour vivre leur amour clandestin. Il y a aussi la vieille domestique de dame Hison , dévouée mais un peu acariâtre, Aé-cha, coréenne réfugiée au Japon, qui s’est établie à la pension, et depuis peu Matabei Reien, quarantenaire lassé de sa vie d’informaticien à Kobe, venu s’y reposer et qui va finalement y rester. C’est au fond du jardin de la pension que Matabei fait la connaissance d’un peintre-jardinier : Osaki Tanako ; Ce maître partage son temps entre l’entretien d’un jardin luxuriant où chaque plante et chaque pierre a sa place et la peinture d’éventails représentant chaque recoin de ce jardin extraordinaire, accompagné d’un haïku. Durant quelques années, Matabei va apprendre de son maître les arts conjoints du jardinage au fil des saisons et du lavis. A la mort d’Osaki, Matabei s’installe dans sa cabane et reprend son travail. Hi-Han, jeune garçon issu d’une famille pauvre, venu gagner de quoi nourrir sa famille à la pension, va à son tour devenir son disciple, partageant son temps entre les cuisines et l’atelier du peintre-jardinier. La vie est paisible, une certaine harmonie règne dans la pension, et les alentours offrent de magnifiques paysages que Matabei aime explorer. Mais l’arrivée de la jeune et belle Enjo va bouleverser ce petit monde tranquille.

Un roman poétique dans le Japon d’aujourd’hui. Le peintre d’éventail met en avant les contradictions de ce pays où les traditions ancestrales côtoient l’hyper modernité.

Ce matin de printemps, Matabei et le juvénile Hi-Han remontaient les trente-trois pierres d’une allée tournante exposée au vent du sud en considérant un cumulonimbus en forme de dragon.

– Il y aura de l’orage, dit le jardinier.

– La matinée est si belle, s’étonna l’adolescent. Tous les cerisiers sont en fleur. Et ce parfum de sucre !

A cet instant même, de l’étage du pavillon, une fenêtre s’ouvrit et les deux promeneurs, têtes levées, eurent un mouvement d’arrêt. Une très jeune femme d’une fraîcheur au moins égale au jour naissant s’extasiait du spectacle du jardin et, visibles pour elle au-dessus des clôtures, des champs fleuris, des forêts et de la montagne en arrière-plan, épures sous un voile de brume. Cette immobilité pensive soudain, dans l’encadrement illuminé du soleil, concentrait l’intensité orgueilleusement mélancolique des peintures d’illusion chères aux occidentaux, les Murillo et les Rembrandt, ces singuliers maçons d’images qui convoitaient l’arrêt du temps.

Hi-Han avait pâli, une main sur la gorge.

– Une nouvelle cliente ? demanda Matabei afin de le sortir de sa prostration, lui-même troublé par le gracieux visage incliné comme une tulipe blanche entre les larges feuilles d’un corsage vert à brandebourgs.

– Oui, oui ! souffla son disciple d’occasion, confus et souriant. Enfin, pas tout à fait : c’est Enjo, une étudiante, dame Hison l’a rencontrée je ne sais où. Elle est arrivée cette nuit en taxi. J’ai même monté ses bagages…

Le peintre d’éventail – Hubert Haddad – Zulma – p. 83-84

Parallèlement à ce beau roman zen, on peut lire Les Haïkus du peintre d’éventail par Hubert Haddad, également publié chez Zulma.

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