Les enfants de la veuve – Paula Fox

Laura et son mari, Desmond s’apprêtent  à partir en voyage en Afrique. Avant d’embarquer, Laura décide d’inviter sa fille, Clara, son frère, Carlos et Peter, un ami éditeur, au restaurant. Rendez-vous est pris dans leur chambre d’hôtel. Habitués aux extravagances de Laura, personne ne soupçonne qu’elle a reçu un appel téléphonique de la maison de retraite où vivait sa mère, lui disant que celle-ci vient de mourir. La situation se dégrade rapidement : Desmond boit plus que de raison, Clara, qui a toujours eu une relation distante et malsaine avec sa mère, a du mal à supporter cette ambiance étouffante, Carlos est pressé de partir et Peter fait ce qu’il peut pour détendre l’atmosphère. La conversation tourne autour des occupations de chacun, mais aussi des relations familiales : le père de Clara, le fille de Desmond que Laura ne veut pas voir, Alma, la grand-mère, arrivée d’Espagne à Cuba pour épouser un riche propriétaire d’une plantation de canne à sucre, et qui s’est retrouvée à élever seule ses trois enfants puis son unique petite fille dans un misérable appartement de New York… Après avoir vidé plusieurs bouteilles dans la chambre d’hôtel, ils se rendent au restaurant où le repas n’est pas plus gai. Ce n’est qu’en rentrant à l’hôtel après s’être échappée du restaurant, que Laura parle à Desmond de la mort de sa mère. Celui-ci décide de contacter Peter pour qu’il aille en informer les frères de Laura et Clara…

Ce livre parle de relations familiales, dans un huis clos angoissant, à l’atmosphère pesante qui met parfois le lecteur mal à l’aise.

« Ma mère. » C’était ainsi que chacun de ses enfants appelait Alma. En s’excluant les uns les autres, pensa Clara. Elle espéra que la conversation ne s’attarderait pas sur sa grand-mère. Son cœur battait faiblement contre sa cage thoracique. Elle sentait l’imminence d’une attaque dirigée contre elle. Mais elle n’avait rien à dire pour sa défense, elle ne pouvait qu’avouer son incapacité à aller voir la vieille dame. Elle lança à sa mère un regard furtif.

Ils fixaient tous Laura. Elle appuyait son verre contre son front avec force, comme pour chasser une douleur. Ses yeux étaient fermés. Avec ses bras crispés, ses boucles défaites qui retombaient, ses jambes relevées contre son ventre, une chaussure qui lui glissait du pied, elle paraissait incarner le malheur.

Desmond hurla des mots incohérents, Peter se leva, Carlos recula vers la fenêtre et Clara, au souvenir d’un verre que Laura lui avait lancé à la figure il y avait si longtemps qu’elle ne se rappelait pas où, se recroquevilla dans son fauteuil.

Les jambes redescendirent, le pied retrouva la chaussure et s’y enfila, le verre fut tendu devant les yeux maintenant grands ouverts, et Laura eut un sourire espiègle.

« Ta mère ? demanda-t-elle d’un ton ironique à Carlos. Espèce de vieille canaille ! j’ai fait tout ce chemin depuis la ferme la semaine dernière pour aller voir ta mère et toi, misérable, toi qui habite à un quart d’heure de la maison de retraite, tu n’y es pas allé depuis un mois ! Tu ne trouves pas qu’il exagère, Peter ? Et c’est son préféré !…

Les enfants de la veuve  –  Paula Fox  –  Gallimard  –  Folio  –  p. 81-82

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