Folles de Django – Alexis Salatko

Pour les fans de jazz, voici un roman biographique sur Django Reinhardt, écrit au rythme de sa musique : rythmé et cadencé. Utilisant la gouaille parisienne d’antan, l’auteur raconte le parcours de ce musicien hors pair, analphabète et nomade, handicapé (il a perdu deux doigts dans l’incendie de sa roulotte) au caractère entier et à la générosité sans borne. La liberté était son maître mot et il ne s’en est jamais privé, allant jusqu’à se créer des ennemis dans le monde de la musique tant son inconstance en énervait plus d’un. Ses deux seuls soutiens sans faille ont été deux femmes : Maggie, veuve d’un aviateur, qui l’a découvert et révélé au grand public, et Jenny (la fille de Maggie), qui a pris le relais, en l’accompagnant sur différentes tournées. On croise aussi dans ce roman de grands noms de la chanson française et du jazz : Stéphane Grappelli, avec qui Django avait formé un quintette avant qu’ils ne se séparent fâchés, Jean Sablon, qui l’a fait connaître aux Etats-Unis, Duke Ellington, Charlie Parker… Apparaissent aussi les noms de Jean Cocteau et Marcel Cerdan, avec lequel Django se trouvait de nombreux points communs, le premier étant leurs origines tziganes.

Un récit vivant et entrainant, qui se lit avec plaisir, même si l’on ne connait rien à l’univers du jazz.

Django plaisantait en désignant ses phalanges suppliciées : « Grappelli et moi, on est comme mes deux doigts ! » Ce qui en disait long sur la nature torturée de leurs rapports.

« C’est quoi ton problème avec Grappe ? lui demanda Maggie.

– Oh ! Les ritals, ça caquette comme des poules qui voudraient pondre des œufs d’autruche.

– Il n’a rien dit ? c’est toi qui le cherches !

– Je le cherche pas. C’est lui qui m’a trouvé. »

Django le dilettante, souffrit-il d’un complexe par rapport à Stéphane, « l’homme qui avait fait le conservatoire » ? Son seul diplôme à lui était un premier prix de banjo au bal des Auvergnats du père Bouscatel. « Le Bouscatel Prize ! » galéjait-il en exhibant une feuille de papier à cigarette. Le fait d’être totalement illettré lui paraissait-il un handicap bien plus lourd à porter que celui de sa main en partie paralysée ?

L’avantage de savoir lire et écrire la musique aurait-il changé quelque chose à la donne et au résultat ? Sans culture musicale au sens strict, n’était-il pas le plus débordant de notes ? Un geyser perpétuel – et donc inexploitable car impossible à canaliser. Grappelli, toujours à l’affut, essayait tant bien que mal de recueillir l’or de cette corne d’abondance.

Les arrangements étaient faits ensemble. Django cherchait sans cesse des accords nouveaux sur sa guitare, même lorsqu’il n’y avait pas de répétitions. Il grattait en permanence ses cordes, la guitare était son outil de communication, son moyen d’expression, il ne correspondait, ne s’exprimait qu’avec elle, il jouait comme on parle.

Folles de Django – Alexis Salatko – Robert Laffont – p. 90-91

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