Petites scènes capitales – Sylvie Germain

Liliane est née peu après la seconde guerre mondiale, mais n’a pas connu sa mère, partie alors qu’elle avait 11 mois et disparue en mer. C’est donc sa grand-mère maternelle et son père qui l’élèvent. Ce dernier se remarie un jour avec Viviane, ancienne mannequin, mère de 4 enfants dont des jumelles qui ont l’âge de Liliane. Elle doit alors partager l’amour, l’attention, la reconnaissance de son père, soucieux de ne pas faire de différence entre « ses enfants ». Elle vit cette situation comme une injustice, même si, avec le temps, des liens plus ou moins forts entre les frères et sœurs vont se tisser, d’autant que les enfants de Viviane ont une personnalité plus affirmée que Liliane.

Nous suivons le parcours tortueux de Liliane et de sa famille recomposée durant une soixantaine d’années. Jamais sûre d’elle toujours un peu en décalage, elle a en permanence du mal à trouver sa voie, alors que les autres enfants s’affirment et s’épanouissent dans celle qu’ils ont choisi, malgré ou grâce aux heurts et aux douleurs que la vie leur inflige à tous.

Les personnages de Sylvie Germains ont souvent un passé ou un parcours de vie douloureux, chaotique. Mais ceux-ci ont eu du mal à me convaincre. Le destin de cette famille recomposée puis totalement éclatée est vraisemblable, mais l’écriture n’est pas toujours à la hauteur du récit. Dommage !

La mère est là, très seule. Au fond, Lili ne sait rien d’elle, ou si peu ; elle lui demeure une énigme, ou une contrariété. Avec le temps, l’épouse de son père lui est devenue familière, mais sans cesser de lui être lointaine ; sous son allure impérieuse, imposante, elle contient un tempérament exalté et inquiet. Lili s’est toujours sentie en surplus dans la vie de cette mère pourvue déjà de quatre enfants. Mais ce jour là, tout se brouille en Lili, une faille vient de s’ouvrir en sa belle-mère, faisant glisser son masque de femme majestueuse pour laisser entr’apercevoir un visage très nu, un peu hagard, et sans vraiment le décider, elle l’adopte enfin en tant que mère de remplacement.

Elle est aussi touchée par le fait que Viviane ait invoqué son père, ce souverain tutélaire, elle a envie de l’embrasser mais elle n’ose pas. Viviane n’a jamais été câline avec elle, et à peine plus avec ses propres enfants. Cette femme si sensuelle a toujours contenu ses élans d’affection maternelle, comme si l’abandon de son corps et l’effusion de ses sentiments n’étaient réservés qu’aux hommes. Les enfants, c’est du regard et de la voix qu’elle veille sur eux, pour les dresser, les cajoler, les protéger, les éduquer, selon. Le père agit pareillement. Il n’y a que Nati qui lui ait prodigué de la tendresse ; cette sensation de douceur reste blottie dans un recoin de son corps, en atente d’un rappel.

Petites scènes capitales – Sylvie Germain – Albin Michel – p. 62-63

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s